Peinture à l'huile de style moderniste, aux couleurs vives et géométriques, représentant des œuvres d'art de la Semaine de 1922 à São Paulo.
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La Semaine d'Art Moderne de 1922 : Le Jalon du Modernisme au Brésil

La Semaine d'Art Moderne de 1922 : Le Jalon du Modernisme au Brésil

A

Arthur

Curation Historique

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Je vous invite à plonger au cœur de la Semaine d'Art Moderne de 1922, un jalon essentiel dans l'histoire culturelle brésilienne.

Cet événement révolutionnaire, qui s'est tenu au Theatro Municipal de São Paulo, a rassemblé des artistes, des écrivains et des intellectuels. Ils ont osé bousculer les conventions esthétiques de leur temps, prônant avec ferveur la liberté d'expression et la valorisation de l'identité nationale.

La Semaine d'Art Moderne marqua le véritable coup d'envoi du modernisme brésilien, exerçant une influence profonde sur la littérature, la musique, la peinture et la sculpture du pays.

En retraçant cet événement historique, on y discerne une période de rupture et d'innovation ; elle a métamorphosé l'art brésilien, et ce, pour l'éternité.

Février occupe une place singulière dans le calendrier culturel brésilien.

En 1922, au Teatro Municipal de São Paulo, un événement survint. Il bouleversa radicalement la trajectoire de l'art au Brésil.

Inaugurée en plein Carnaval, la Semaine d'Art Moderne ne manqua pas de provoquer l'élite de São Paulo. Elle dévoila au Brésil l'existence d'une véritable avant-garde sur son propre territoire.

Le Sommet des Huées : "Os Sapos"

Imaginez un instant le Teatro Municipal métamorphosé en une immense volière bruyante.

Le moment le plus tendu de cette Semaine ? Sans conteste, quand Ronald de Carvalho monta sur scène pour déclamer "Os Sapos", le poème de Manuel Bandeira.

Le public, piqué au vif par cette satire du parnassianisme, réagit par des coassements, des aboiements, et des huées assourdissantes ; ces sons se répercutaient alors avec force dans les galeries.

C'était la preuve irréfutable que l'art moderne avait accompli sa mission : sortir le public de son inertie.

Des figures majeures de la culture brésilienne s'y sont distinguées : Mario de Andrade, Oswald de Andrade, Menotti del Picchia, Heitor Villa-Lobos, Di Cavalcanti ,  Anita Malfatti  ,Víctor Brecheret et bien d'autres, que nous évoquerons plus bas, et qui ont également pris part à cet événement.

Où était Tarsila do Amaral ?

Bien qu'elle incarne le visage le plus célèbre du modernisme brésilien, Tarsila do Amaral n'a pas participé physiquement à la Semaine de 22.

Ces jours historiques de février, la peintre résidait à Paris. Elle y étudiait les avant-gardes européennes, polissant sa technique académique avant la grande rupture.

Elle ne rejoindra le groupe que des mois plus tard, portée par les lettres enthousiastes d'Anita Malfatti, pour former ainsi le fameux « Groupe des Cinq » qui allait transformer le cours de notre culture.

Suite aux efforts déployés depuis l'_Exposition d'Anita Malfatti_ en 1917, les partisans de l'art moderne choisissent de rendre leurs idées publiques.

L'idée émane de _Di Cavalcanti_ ; c'est _Graça Aranha_ qui assure la liaison entre lui et les futurs mécènes de l'événement.

Ainsi, en cette année du centenaire de l'Indépendance, les activités de la Semaine d'Art Moderne, furent inaugurées au Teatro Municipal, notamment par une conférence de Graça Aranha. Elle fut accueillie à la fois par des applaudissements et des huées.

Qui a réglé l'addition ?

Une ironie fascinante se dessine dans les coulisses de 1922 : cette révolution esthétique, dont l'ambition première était de choquer la bourgeoisie, fut... financée par elle-même.

Les « barons du café », à l'image de Paulo Prado, furent les grands mécènes de cette manifestation.

Cette élite du café, certes conservatrice dans ses affaires mais foncièrement cosmopolite par ses voyages en Europe, aspirait à voir São Paulo quitter son statut de ville provinciale pour embrasser celui de métropole moderne. Quitte à parrainer sa propre critique sociale, d'ailleurs.

La Semaine d'Art Moderne fut inaugurée le 13 février 1922 et ses activités se prolongèrent jusqu'au 18 février.

Voici quelques œuvres marquantes :

1. Anita Malfatti et sa peinture : L'Homme Jaune 

Art Moderne (L'Homme Jaune) - Arts et Artistes
L'Homme Jaune - Anita Malfatti

2. Di Cavalcanti et l'Héritage Visuel

Observez la rupture avec la perspective traditionnelle sur la couverture emblématique du catalogue de la Semaine.

En esquissant les figures qui illustraient l'événement, Di Cavalcanti ne visait pas la perfection anatomique. Il cherchait plutôt une synthèse visuelle, fusionnant cubisme et expressionnisme avec une thématique profondément brésilienne.

C'était le premier signe manifeste : le Brésil ne voulait plus simplement copier l'Europe, mais plutôt la « dévorer ».

Catalogue d'exposition d'Art Moderne - Arts et Artistes
Couverture du catalogue de la Semaine de 22, par Di Cavalcanti

3. Víctor Brecheret 

Victor Brecheret prit part à la Semaine d'Art Moderne, bien qu'il fût alors physiquement éloigné.

Il était l'ami de Di Cavalcanti, Mário de Andrade, Menotti Del Picchia et Oswald de Andrade.

À l'époque, il résidait à Paris. Il décida pourtant d'y participer avec une vingtaine de sculptures, lesquelles furent ensuite disposées dans le hall et les couloirs du Teatro Municipal de São Paulo.

Art Moderne (après le bain) - Arts et Artistes

L'exposition d'arts plastiques comptait près d'une centaine d'œuvres.

Elle bénéficia du soutien d'influents politiciens et de riches magnats du café.

Peintures et sculptures se trouvaient disséminées dans le hall du théâtre municipal durant trois soirées, rivalisant d'attention avec les poésies et les numéros musicaux.

L'exposition visuelle suscita l'étonnement du public, alors que les sessions de musique et de poésie étaient copieusement huées. Le tout créa une véritable euphorie, un indescriptible mélange.

Pour l'ouverture de la Semaine, voici un extrait de la conférence de Graça Aranha, intitulée « L'émotion esthétique dans l'Art Moderne » :

"Pour beaucoup d'entre vous, cette exposition curieuse et suggestive, que nous inaugurons glorieusement aujourd'hui, n'est qu'un amas d'« horreurs ». Ce Génie supplié, cet Homme jaune, ce Carnaval hallucinant, ce Paysage inversé : s'ils ne sont pas les jeux fantasques d'artistes moqueurs, ils sont assurément des interprétations dévoyées de la nature et de la vie. Votre étonnement ne s'arrête pas là. D'autres « horreurs » vous attendent. Dans un instant, rejoignant cette collection d'absurdités, une poésie libérée, une musique extravagante mais transcendante viendront révolter ceux qui réagissent, mus par les forces du passé."

Les Noms Derrière la Rupture

La scène du Municipal accueillit une véritable constellation de talents. Certes, ils étaient divers, mais tous partageaient cette urgence du nouveau.

De figures déjà établies à de jeunes prometteurs, ces orchestrateurs furent les bâtisseurs d'une identité nationale. Elle résonne encore aujourd'hui dans notre production artistique.

ORGANISATEURS:

Di Cavalcanti, Graça Aranha, Guilherme de Almeida, Mario de Andrade, Menotti Del Picchia, Oswald de Andrade, Ronald de Carvalho et Rubem Borba de Moraes

Qui est Monté sur Scène

Entre musiciens, écrivains et artistes plasticiens, la liste des participants révèle l'effort collectif de toute une génération.

Chaque nom présent là portait le fardeau d'affronter le traditionalisme. Tous aspiraient à une voix authentiquement brésilienne, libérée des entraves du passé colonial.

PARTICIPANTS :

Anita Malfatti, Di Cavalcanti, Ferrignac, John Graz, Martins Ribeiro, Paim Vieira, Vicente do Rego Monteiro, Yan de Almeida Prado et Zina Aita (Peinture et Dessin) ;

Hildegardo Leão Velloso, Victor Brecheret et Wilhem Haarberg (Sculpture) ;

Antonio Moya et Georg Przirembel (Architecture) ; 

Ernani Braga, Guiomar Novaes et Heitor Villa-Lobos (Musique) ;

Afonso Schmidt, Graça Aranha, Guilherme de Almeida, Menotti del Picchia, Oswald de Andrade, Plínio Salgado, Ronald de Carvalho et Sérgio Milliet (Littérature), entre autres.

Portrait de Mario de Andrade. Anita Malfatti. 1921
Portrait de Mario de Andrade. Anita Malfatti. 1921

Le poète Mário de Andrade, un des principaux instigateurs de la Semaine d'Art Moderne, déclama le deuxième jour le poème Ode ao Burguês. Ce texte, tiré de son ouvrage Paulicéia Desvairada publié en 1922, est largement reconnu comme la première œuvre avant-gardiste du mouvement moderniste.

Ci-après, une vidéo présentant des scènes choisies de la mini-série « Um só coração », diffusée en 2004. (Crédits : Rede Globo)

Au-delà du Centenaire : Le Legs Vivant

Plus qu'une simple commémoration datée de 2022, le centenaire de la Semaine d'Art Moderne a surtout permis de réaffirmer ceci : le mouvement ne fut point un événement isolé, mais bien un processus continu.

Aujourd'hui, l'héritage de 1922 ne se cantonne pas aux manuels d'histoire. Il réside pleinement dans la liberté de chaque artiste contemporain d'expérimenter, de provoquer, et de réinventer ce que signifie « être brésilien » à travers l'art.

Tout au long de l'année 2022, de nombreuses activités furent organisées pour célébrer le centenaire de la Semaine d'Art Moderne.

Afin de magnifier cet événement si capital pour l'Histoire de l'Art brésilien, la Secretaria da Cultura a mené des projets d'actions conjointement avec l' Economia Criativa du Gouvernement de l'État de São Paulo.

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