
Maniérisme
Maniérisme
Le Maniérisme, mouvement artistique, s'est épanoui entre la Renaissance et le Baroque. Son essor coïncide avec une période d'intense créativité dans l'art, juste après l'apogée de perfection atteinte par la peinture naturaliste dans l'Italie renaissante. Les percées scientifiques de l'époque ont éloigné la société des dogmes humanistes. Dès lors, l'homme n'était plus le pivot de l'univers pictural ; il devenait plutôt un observateur isolé, presque périphérique, des grands mystères de l'existence.
À Florence et à Rome, les artistes du XVIe siècle ont progressivement pris leurs distances avec les canons classiques. Ils ont préféré une voie plus intellectuelle, plus expressive. Ce tournant marque un abandon de la représentation fidèle des corps et des sujets ; la recherche d'harmonie s'efface. Émerge alors un style dramatique inédit, que ni le plan pictural, ni la réalité, ni la justesse littérale ne sauraient brider. Une asymétrie audacieuse, un goût prononcé pour l'artifice, et une forte dimension décorative ont également façonné cette mouvance.
Le Maniérisme des débuts incarnait une rupture radicale, une approche résolument antitraditionnelle qui s'est étendue jusqu'en 1535. Lui succéda le Haut Maniérisme, avec son style plus complexe et artificiel, séduisant une clientèle éclairée, plus exigeante. Il devint en quelque sorte le style des cours royales. Par la suite, la désignation "Maniérisme" s'est imposée pour nommer cette période singulière de l'histoire de l'art. C'est à Luigi Lanzi, historien de l'art et archéologue du XVIIe siècle, que l'on doit cette classification.
Un trait distinctif du Maniérisme ? L'emploi de la serpentinata, ou « figure serpentine ». Elle dépeint des corps humains tout en courbes, des membres étirés, des silhouettes allongées. Une grâce fluide, en forme de S. Ces figures insinuaient un au-delà, un surnaturel qui s'écartait audacieusement des interprétations classiques.
Bien des œuvres maniéristes mettaient en scène personnages ou situations dans des décors non naturalistes, fréquemment dépourvus de tout repère contextuel. L'œil du spectateur était ainsi convié à une expérience bien plus philosophique qu'à une simple lecture littérale.
Les maniéristes formaient un cénacle qui réfutait la simple copie de la nature en art. Ils aspiraient plutôt à exprimer les profondeurs psychologiques d'une œuvre, au-delà de ses motifs mythologiques ou religieux. Ces principes ont nourri une œuvre collective profondément évocatrice du Divin, universellement reconnue pour incarner cette spiritualité inhérente à tout être.
ARTISTES PHARES
Parmigianino (1503-1540) - Cet artiste italien fut le peintre majeur de Parme. Considéré comme un virtuose excentrique, mais techniquement irréprochable, il a également œuvré à Rome et à Bologne.
Giuseppe Arcimboldo (1527-1593) - Peintre italien, Arcimboldo est célèbre pour ses portraits humains singuliers. Son style, d'une inventivité folle, intègre une sagacité surréaliste, les œuvres étant composées de fruits, légumes, animaux, livres et autres objets.
Bronzino (1503-1572) - Maître incontesté du portrait, sa peinture reflétait les idéaux raffinés et les convictions des ducs de Médicis de l'Italie du XVIe siècle. Il a forgé un style linéaire, méticuleux, dont la genèse doit autant à l'influence de Michel-Ange qu'à celle de Raphaël. L'artiste s'est également illustré par une série de toiles mythologiques, véritables prétextes à étaler son amour du symbolisme et sa maestria des couleurs.
Le Greco (1541-1614) - Doménikos Theotokópoulos, né en Grèce, a passé la majeure partie de sa vie en Espagne. C'est là qu'il fut surnommé El Greco (Le Grec). Son existence, tout comme son œuvre, fut profondément empreinte d'une dévotion sans faille. Il maîtrisa la longue tradition de l'art des icônes byzantines. Cependant, une fois installé en Espagne, son inspiration puisait largement aux sources de la Renaissance italienne et espagnole.
Caravage (1571-1610) - Peintre italien majeur, il a conçu des toiles saisissantes et résolument novatrices. Il fut un véritable pionnier dans l'art de l'éclairage dramatique, dépeignant des figures religieuses vêtues et posant dans des attitudes contemporaines. Son influence fut immense sur ses pairs et sur les courants artistiques subséquents, en particulier l'art baroque et le réalisme du XIXe siècle.
Le Titien (vers 1488-1576) - Tiziano Vecellio, l'un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne, a fusionné les idéaux de la Haute Renaissance et du Maniérisme. Il a ainsi développé un style résolument en avance sur son temps. Il fut l'un des portraitistes les plus prisés de son époque, signant également une quantité d'œuvres à thèmes religieux et mythologiques. Son influence fut colossale sur ses contemporains. Ses toiles, précurseures du drame émotionnel de l'art baroque, ont également inspiré nombre d'innovateurs par la suite.
Paul Véronèse (1528-1588) - Paolo Caliari, cet Italien né à Vérone, d'où son surnom de Véronèse, est salué comme l'un des maîtres les plus emblématiques de la fin de la Renaissance. Membre éminent de l'École vénitienne, il s'est distingué par son art de coloriste hors pair. Peintre de l'élégance et de la grandeur, il excellait à composer des récits qui, par leurs schémas chromatiques opulents et fluides, livraient des significations profondes.
Benvenuto Cellini (1500-1571) - Cellini, un sculpteur italien de premier plan, est unanimement désigné comme le plus grand orfèvre de son temps. Il fut aussi l'auteur de la célèbre "Autobiographie". L'œuvre présentée ci-dessous, qualifiée de « chef-d'œuvre de la sculpture maniériste », incarnait également le style décoratif somptueux prisé à la cour de France.
Le Tintoret (1518-1594) - Jacopo Robusti doit son surnom, Tintoret, à la profession de teinturier de son père (tintore en italien). Son œuvre se distingue par une audace inventive, tant dans sa manière que dans sa composition. La plupart de ses tableaux, de nature narrative, s'animent sous l'effet d'éclairages et de gestes dramatiques. Il fut profondément marqué par l'usage des couleurs chez le Titien, tout en adoptant les formes énergiques de Michel-Ange.
ŒUVRE À LA UNE - ANALYSE D'ART
Le Tintoret a peint la Cène à maintes reprises au cours de sa vie. Cette version-ci pourrait être qualifiée de "festin des humbles", où la figure du Christ se fond dans la foule des apôtres. Pourtant, une scène surnaturelle se manifeste : des figures ailées baignées d'une lumière auréolent sa tête. Cela confère au tableau un caractère visionnaire, le distinguant nettement des représentations du même thème par des prédécesseurs tels que Léonard de Vinci. La curieuse inclinaison diagonale de la table s'explique par l'emplacement de l'œuvre sur le mur droit du presbytère de San Giorgio Maggiore.
La Cène fut un thème prisé en art, dès l'aube du christianisme. Elle connut un engouement particulier durant la Renaissance. Cette période a d'ailleurs enfanté la plus célèbre interprétation du sujet : la fresque de Léonard de Vinci pour le couvent de Santa Maria delle Grazie. Elle incarne, à elle seule, le summum de l'esthétique de la Haute Renaissance.
Un demi-siècle après l'achèvement du chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, le grand peintre vénitien Tintoret se montrera, à son tour, fasciné par le sujet. Sous son pinceau, l'harmonie si chère à l'ère renaissante se dissout en un chaos plus sombre, plus mystique.









