
Wassily Kandinsky : L'Odyssée de l'Abstraction au Bauhaus
Wassily Kandinsky : L'Odyssée de l'Abstraction au Bauhaus
Index de l'Article
La Première Guerre mondiale ramène Kandinsky en Russie. Là, son regard artistique est marqué par le mouvement constructiviste, ancré dans des lignes nettes, des points et la géométrie.
Pendant son séjour, Kandinsky, alors âgé de cinquante ans, fait la connaissance de la jeune Nina von Andreewsky, fille d'un général de l'armée russe, et l'épouse.
Un fils naît de cette union, mais le petit ne vit que trois ans. Le sujet des enfants devient alors un tabou.
Le couple reste en Russie après la révolution. Kandinsky déploie ses énergies bouillonnantes, sa vaste ambition, à la gestion de programmes artistiques éducatifs et gouvernementaux.
Il participe à la création de l'Institut de Culture Artistique de Moscou et du Musée de la Culture Picturale.
De retour en Allemagne, après des divergences théoriques avec d'autres artistes, il enseigne à l'école du Bauhaus à Berlin et y écrit pièces et poèmes.
C'est durant cette période qu'il rédige son deuxième grand ouvrage, faisant suite au premier : Point et ligne sur plan.
Son enseignement et son œuvre, quant à eux, gagnent une reconnaissance et une visibilité croissantes.
De nombreuses expositions de ses peintures sont organisées, notamment à Paris en 1929 et 1930.
En 1933, à l'avènement des nazis, les troupes de choc mettent fin aux activités de l'école du Bauhaus.
Bien que Kandinsky ait acquis la nationalité allemande, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale lui rend impossible tout maintien en Allemagne. Néanmoins, sa méthode novatrice ayant déjà largement circulé, son modèle pédagogique est adopté par les principaux centres d'art mondiaux.
Aujourd'hui, certaines institutions s'inspirent du modèle du Bauhaus, à l'image de l'Université de Harvard, aux États-Unis.
Durant son existence (1919-1933), le Bauhaus s'est appliqué à expérimenter de nouvelles conceptions artistiques dans divers domaines — architecture, arts plastiques, sculpture et design —, devenant ainsi un foyer majeur d'études du modernisme et du fonctionnalisme.
L'idée fonctionnaliste selon laquelle « la forme suit la fonction » a consolidé le courant qui allait façonner l'esthétique du design du XXe siècle.
En juillet 1937, il participe, avec d'autres artistes, à l'« Exposition d'art dégénéré » à Munich.
Parmi les œuvres exposées, 57 de ses créations sont confisquées par les nazis.
Kandinsky et Nina s'installent dans la banlieue parisienne à la fin des années 1930. Marcel Duchamp leur trouve un petit appartement.
Lorsque les Allemands envahissent la France en 1940, Kandinsky fuit vers les Pyrénées. Il retourne ensuite à Neuilly, où il mène une vie plutôt recluse, miné par le faible succès commercial de ses toiles.
S'il demeure controversé aux yeux de beaucoup, il gagne néanmoins des défenseurs éminents, tel Solomon Guggenheim, et continue d'exposer jusqu'à sa mort.

Wassily Kandinsky s'éteint des suites d'une maladie cérébrovasculaire à Neuilly-sur-Seine, une banlieue résidentielle de Paris, en France.
Son décès survient le 13 décembre 1944.
Peu des œuvres que Kandinsky a produites en Russie nous sont parvenues. Nombre de celles créées en Allemagne, en revanche, subsistent.
Quinze ans après sa disparition, son nom devient la clé de voûte et le sésame de l'art abstrait, la plateforme essentielle du mouvement artistique pendant deux décennies consécutives.
En 1955, grâce au dévouement de Max Bill, fervent diffuseur de l'œuvre du grand artiste, le recueil d'essais de Kandinsky est publié à titre posthume, sous le titre "Ueber Kunst und Künstler" (De l'art et de l'artiste).
En 1981, sa veuve, Nina, qui avait déjà légué une partie des œuvres, complète l'héritage artistique destiné au Musée National d'Art Moderne de Paris.
En novembre 1984, le Centre Pompidou de Paris présente l'exposition la plus fournie d'œuvres de Kandinsky : cinquante-neuf tableaux, sans compter la bibliothèque et les instruments du grand artiste, figures clés d'un XXe siècle tumultueux.
Wassily Kandinsky : Vie et œuvre
Wassily Kandinsky est estimé par certains comme le premier peintre entièrement non figuratif à élaborer des compositions complexes à partir de formes à peine reconnaissables.
Une grande part de son étude était autodidacte.
Il débute avec des thèmes conventionnels. Pourtant, en parallèle, il échafaude des théories issues d'un profond travail spirituel, nourries par un lien intense entre musique et couleur.
Ces théories, qui se concrétisent dans la première décennie du XXe siècle, le hissent au rang de père de l'Art abstrait.
Kandinsky perçoit la puissance émotionnelle de la musique dès les années 1890, en assistant à une représentation de Lohengrin, opéra de Richard Wagner.
Quelques années plus tard, il se lie d'amitié avec Arnold Schönberg, dont la méthode de composition dodécaphonique marque un tournant décisif dans la musique du XXe siècle.
Ses œuvres sont rattachées aux mouvements expressionnistes. Elles autorisent des sonorités dissonantes et irrésolues, tout en respectant les structures conventionnelles pour donner sens à la composition.
De la même manière, Kandinsky opère la substitution de la représentation par l'abstraction.
Kandinsky était convaincu que chaque époque imprime sa marque indélébile sur l'expression artistique.
Ses interprétations éclatantes de la couleur, filtrées par des sensibilités musicales et spirituelles, ont assurément bouleversé le paysage artistique du début du XXe siècle, précipitant l'ère moderne.
Kandinsky, aux côtés de Piet Mondrian et Kasimir Malevich, fait partie du « trio sacré de l'abstraction ». Il en est d'ailleurs le plus célèbre.
Au-delà du peintre, il laisse également des poèmes fulgurants, abstraits, qui font référence aux couleurs et aux lignes, telles qu'elles émergent de la perception de l'artiste et de sa génialité.
Un héritage durable
Pour mieux saisir le reste de cette odyssée, rendez-vous sur notre prochain article : Wassily Kandinsky : L'Héritage et les Œuvres Pionnières de l'Art Abstrait.









