
Le Réalisme : Courbet, Manet, et l'Éveil de la Critique Sociale
Le Réalisme en France : un regard sur les œuvres percutantes de Gustave Courbet et Édouard Manet, et leur impact sur la critique sociale de l'époque.
(Sem Penalidade CLS)
Au-delà de la photographie, une autre force majeure a nourri l'essor du réalisme : l'explosion du journalisme, doublée d'une caricature socialement incisive, au tout début de la Monarchie de Juillet (1830-1848).
Bien que le règne autoritaire de Louis-Philippe Ier ait fini par s'effondrer, les cinq premières années de son pouvoir avaient pourtant ouvert la voie à une liberté de la presse plus vaste.
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C'est précisément à cette époque qu'Honoré Daumier (1808-1879) se mit à diffuser des caricatures acerbes de la monarchie. L'une d'elles, la lithographie Gargantua (1831), tournait en dérision le roi, le figurant en géant glouton tiré du roman de François Rabelais, paru en 1534.
La gravure, aisément reproductible et largement diffusée par la presse, offrait à Daumier une tribune puissante pour ses compositions critiques.
Malgré une incarcération de six mois pour cette image peu flatteuse du roi en Gargantua, Daumier n'a jamais cessé de créer, signant des œuvres et gravures pendant plusieurs décennies, toujours avec cette acuité sociale en ligne de mire.
Figures emblématiques...

L'effondrement de la Monarchie de Juillet en France, en 1848, qui allait consacrer l'avènement de la Seconde République (1848-51), s'inscrivait dans une vague révolutionnaire européenne bien plus vaste. Cette dernière, d'une portée sociale immense, bouleversait alors l'Allemagne, l'Italie, l'Empire Autrichien, les Pays-Bas et la Pologne.
Ces événements, couplés à la parution de La philosophie de la misère de Pierre-Joseph Proudhon en 1846, et au Manifeste du parti communiste de Marx et Engels en 1848, braquaient alors une lumière crue sur les franges de la société. Le réalisme devint ainsi leur expression visuelle privilégiée.

Ami de Proudhon et ardent défenseur du réalisme, Gustave Courbet (1819-1877) mena une offensive sur plusieurs fronts : contre le pouvoir politique français, les mœurs bourgeoises et l'institution artistique établie.
Son œuvre The Stone Breakers (Les Casseurs de pierres), présentée au Salon, mettait en scène deux ouvriers anonymes, issus des classes populaires, accomplissant une tâche pénible et sous-payée. Une image qui charriait des échos socialistes dérangeants pour l'audience bourgeoise de l'époque.
Malheureusement, ce tableau fut détruit lors des bombardements de 1945, en pleine Seconde Guerre mondiale.
Si, dans les années 1850, Courbet signait des œuvres majeures interrogeant les valeurs de la société française, Édouard Manet (1832-1883), lui, propulsa le réalisme bien au-delà dans les années 1860.
Après s'être fait remarquer au Salon de 1861 en exposant Le Chanteur espagnol, il soumit en 1863 l'œuvre retentissante Le déjeuner sur l'herbe (Le Déjeuner sur l'herbe).
Bien que le tableau ait été refusé, il fut finalement présenté au Salon des Refusés.

Les critiques, loin de les freiner, jouaient pourtant directement le jeu de Courbet et Manet : la notoriété qu'ils arrachaient à leurs œuvres était parfaitement délibérée, les érigeant en véritables figures de proue du monde de l'art.
Au-delà de bousculer les catégories et thèmes traditionnels de la peinture académique, Courbet et Manet, à leur tour, s'apprêtaient à défier l'institution artistique étatique elle-même.
Lorsque trois de ses quatorze soumissions à l'Exposition Universelle de 1855 furent refusées pour des questions de format, Courbet loua un espace mitoyen à l'Exposition afin d'y ériger son propre Pavillon du Réalisme. Il y présenta, en accès libre, une quarantaine de ses œuvres.
Lorsque Manet fut, à son tour, écarté de l'Exposition Universelle de 1867, il exposa lui aussi de manière indépendante.
Au-delà de détourner les projecteurs des expositions officielles et de générer un formidable écho médiatique autour de leur travail, les interventions de Courbet et Manet ont insufflé une audace nouvelle aux artistes à venir. Notamment aux impressionnistes de la génération suivante, les incitant à présenter leur art en toute autonomie.
Pour saisir toute l'ampleur de cette épopée, poursuivez votre lecture avec notre prochain article : Le Réalisme : Autres Maîtres Français et Leurs Contributions Diverses.
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